Amis congolais: je m’adresse à vous depuis l’autre rive. Non depuis la rive du Fleuve Congo, mais depuis les plages de Guatemala, baignées par l’Atlantique, face à la plage du même océan, à l’est, où vous vous montrez timidement par l’aiguille de Pointe Noire.

 

Ce qui nous sépare, ou nous unit, les Guatémaltèques et les Congolais, c’est un vaste océan, plus de 5.000 km, mais il ne nous sépare pas, ce qui nous unit réellement c’est une souffrance semblable, une pauvreté égale, la même faim et les mêmes injustices.

 

Vous et nous sommes un pays riche dans notre sol et notre sous-sol. Les forêts, les champs et les mines pourraient nous fournir de la richesse, mais tant dans votre terre comme dans la nôtre, des griffes sans miséricorde nous l’arrachent. En étant des pays tellement riches… ! Mais ces riches sont en réalité un petit groupe de personnes, tandis que la grande masse de la population supporte la pauvreté et la misère.

 

Parce que cette richesse, en grande partie, ne reste pas dans nos pays. Vous souffrez les égratignures dans les mines de coltan qui s’envole aux téléphones de tout le monde. Nous luttons contre les entreprises canadiennes et américaines qui nous envahissent pour nous arracher l’or et le nickel de notre sous-sol.

 

Vos enfants et le nôtres souffrent de faim et de malnutrition. Le fléau du machisme laisse vos femmes et les nôtres soumises à la violence et au travail en esclavage. Dans votre terre et dans la nôtre on voit des paysannes chargées avec du bois de chauffage ou avec la cruche sur la tête en parcourant même des kilomètres pour apporter à la maison ce trésor appelé eau; entretemps, les riches des villes n’ont qu’à ouvrir le robinet dans leur cuisine…

 

Mais le plus terrible de tout ce que vous et nous avons supporté a été la guerre, à cause des luttes pour la terre et le pouvoir. On dit que 5 millions de personnes sont mortes dans votre terre durant les années de conflits qui ne terminent pas tout à fait, tandis que dans notre pays avec 5 fois moins d’habitants, nous avons eu 250.000 morts, environ 45.000 disparus, indépendamment des milliers de déplacés que tant dans votre nation comme dans la nôtre, ont dû abandonner leurs maisons, en chargeant ou en traînant leurs bagages et leurs enfants.

 

Victimes de la guerre, des missionnaires  ont laissé aussi leur vie au Congo et au Guatemala: prêtres, frères et sœurs, certains venus des pays du nord. Ils ont été victimes de la violence et l’ignorance des violents. Mais les croyants en Jésus continuent à travailler au Congo, au Guatemala, comme dans d’autres pays, pour fermer les fentes entre la faim et le gaspillage, l’ignorance et l’éducation, la domination et la marginalisation.

 

Mais nous savons bien que les riches, les dominateurs, tant de l’intérieur de notre terre comme les politiciens et les entreprises des Etats-Unis et du Canada de notre côté, et de la France, la Belgique… du vôtre, s’en moquent totalement.

 

Parfois les propriétaires du nord, de votre pays et du nôtre, posent un geste moralisateur et descendent avec leurs avions pour y mettre de l’ordre et ramener la paix (c’est ce qu’ils disent)… et pour faciliter la sortie avec des produits miniers et agricoles de nos terres (c’est ce qu’ils font).

 

Beaucoup d’écoles, quand il y en a, continuent avec des planches de bois, les enfants assis sur des blocs de ciment, sans livres à peine ni matériel scolaire… Et les hôpitaux souffrent de manque de moyens les plus élémentaires. J’ai des nouvelles de médecins qui refusaient d’opérer parce qu’ils n’avaient pas de blouse de salle d’opération.

 

Je vous parle de ce côté mais je ressens que entre vous et nous existe un pont qui nous unit. Ce pont est fait de misère et d’inégalité, non de pauvreté mais d’une mauvaise distribution de la richesse. Il est renforcé par l’armement militaire, par des intérêts de banques européennes et américaines, par ce réseau qui «nous embrouille» de tous côtés appelé globalisation, celle qui égale les riches dans leur richesse et les pauvres dans leur carence.

 

À travers ce pont, je vous envoie, mes amis congolais, toute mon affection solidaire et je vous demande de combattre ensemble avec les armes pacifiques de la politique, la culture, les moyens alternatifs de communication (les autres, ils les possèdent déjà) pour construire d’autres ponts de justice, de nourriture, de santé, d’éducation…

 

Que les pays pauvres de tous les océans puissions partager la table et la paix avec le pain de chaque jour.

 

Martín Valmaseda

Religieux marianiste. Guatemala

 

Atardecer-en-AfricaRD Congo

Source : Campagne de Carême : « 40 jours avec les 40 derniers»
Vendredi 21 mars 2014
Population sous la ligne de pauvreté: 71,3%.

 

R.D. DU CONGO

Population : 75.823.000 h.

IDH : 0.304 (nº187 sur 187)

Population sous la ligne de pauvreté nationale : 71,3 %

 

Une souffrance humaine impossible de quantifier

La République Démocratique du Congo est, probablement, le pays africain le plus riche en ressources naturelles. Et, toutefois, il occupe – ensemble avec le Niger- la dernière place de l’Indice de Développement Humain (IDH). Comment est-il possible ? Précisément parce que sa richesse matérielle – pétrole et minéraux surtout – est occasion de rapines violentes depuis des décennies, favorisées par un Gouvernement faible et par la complicité des nations riches et leurs sociétés multinationales, qui profitent de ces ressources à bas coût économique pour elles. Mais le coût pour la population est infiniment plus haut : plus de cinq millions de morts, beaucoup plus de déplacées, des innombrables violations de femmes et une souffrance humaine impossible de quantifier.

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